Mercredi 5 Mars 2008
------> Ode au sport

ODE AU SPORT
Pierre de Coubertin
I
O Sport, plaisir des Dieux, essence de vie, tu es apparu soudain au milieu de la
clairière grise où s'agite le labeur ingrat de l'existence moderne comme le messager
radieux des âges évanouis, de ces âges où l'humanité souriait. Et sur la
cime des monts, une lueur d'aurore s'est posée: et des rayons de lumière ont
tacheté le sol des futaies sombres.
II
O Sport, tu es la Beauté! C'est toi, l'architecte de cet édifice qui est le corps
humain et qui peut devenir abject ou sublime selon qu'il est dégradé par les passions
viles ou sainement cultivé par l'effort. Nulle beauté n'existe sans équilibre
et sans proportion et tu es le maître incomparable de l'un et de l'autre car tu
engendres l'harmonie, tu rythmes les mouvements, tu rends la force gracieuse et
tu mets de la puissance dans ce qui est souple.
III
O sport, tu es la Justice! L'équité parfaite en vain poursuivie par les hommes dans
leurs institutions sociales s'établit d'elle-même autour de toi. Nul ne saurait
dépasser d'un centimètre la hauteur qu'il peut sauter ni d'une minute la durée
qu'il peut courir. Ses forces physiques et morales combinées déterminent seules
la limite de son succès.
IV
O Sport, tu es l'Audace! Tout le sens de l'effort musculaire se résume en un mot:
oser. A quoi bon des muscles, à quoi bon se sentir agile et fort et cultiver son agilité
et sa force si ce n'est pour oser? Mais l'audace que tu inspires n'a rien de la
témérité qui anime l'aventurier lorsqu'il livre au hasard tout son enjeu. C'est une
audace prudente et réfléchie.
V O
Sport, tu es l'Honneur! Les titres que tu confères n'ont point de valeur s'ils
ont été acquis autrement que dans l'absolue loyauté et dans le désintéressement
parfait. Celui qui est parvenu par quelque artifice inavouable à tromper ses camarades
en subit la honte au fond de lui-même et redoute l'épithète infamante qui
sera accolée à son nom si l'on découvre la supercherie dont il a profité.
VI O
Sport, tu es la Joie! A ton appel la chair est en fête et les yeux sourient; le sang
circule abondant et pressé à travers les artères. L'horizon des pensées devient
plus clair et plus limpide. Tu peux même apporter à ceux que le chagrin a frappés
une salutaire diversion à leurs peines tandis qu'aux heureux tu permets de
goûter la plénitude du bonheur de vivre.
VII O
Sport, tu es la Fécondité! Tu rends par des voies directes et nobles au perfectionnement de la race en détruisant les germes morbides et en redressant les tares qui la menacent dans sa pureté nécessaire. Et tu inspires à l'athlète le désir de
voir grandir autour de lui des fils alertes et robustes pour lui succéder dans
l'arène et remporter à leur tour de joyeux lauriers.
VIII
O sport, tu es le Progrès! Pour te bien servir, il faut que l'homme s'améliore dans
son corps et dans son âme. Tu lui imposes l'observation d'une hygiène supérieure;
tu exiges qu'il se gare de tout excès. Tu lui enseignes les règles sages qui
donneront à son effort le maximum d'intensité sans compromettre l'équilibre de
sa santé.
IX
O Sport, tu es la Paix! Tu établis des rapports heureux entre les peuples en les
rapprochant dans le culte de la force contrôlée, organisée et maîtresse d'ellemême.
Par toi la jeunesse universelle apprend à se respecter et ainsi la diversité
des qualités nationales devient la source d'une généreuse et pacifique émulation.
Revue Olympique,
déc. 1912, pp. 179 -181.
Brochure spéciale, Lausanne 1912.
Par shuang, Mercredi 5 Mars 2008 à 11:12 GMT+2 dans le sport, ma passion
































